Chronologie sur l'économie

 

 

>> Chronologie sur l'économie comme science politique

 

IIIe siècle av. J-C : Aristote propose déjà une réflexion sur les sources de la monnaie, la valeur marchande et sur les échanges commerciaux. (Ethique à Nicomaque, et La Politique)

1615 : Traité de l'économie politique de Antoine de Montchrestien.

1760 : Les physiocrates font de la propriété foncière et de l'agriculture les deux véritables sources de la richesse.

1776 : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith

1867 : Marx publie le premier livre du Capital

1936 : Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie de John Maynard Keynes

1976 : Milton Friedman, créateur du mouvement monétariste, reçoit le "prix Nobel" de l'économie.

 

>> Les auteurs économistes

 

-> Voir l'article dédié : les auteurs économistes

-> Résumé de La Richesse des nations - Adam Smith

 

Résumé et explications de La route de la servitude - Friedrich Hayek

La route de la servitude de Friedrich Hayek (ou Friedrich August von Hayek) est un ouvrage politico-économique.

 

Il revient sur la façon dont le socialisme, qui est une espèce de collectivisme, a corrompu la liberté.

 

Il explique d'abord que nous sommes responsables :

 

Nous sommes prêts à accepter toutes les explications sauf une : à savoir que l'état actuel du monde résulte peut-être d'une véritable erreur de notre part.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

La liberté économique permet la liberté politique.

 

Nous avons peu à peu abandonné cette liberté économique sans laquelle la liberté personnelle et politique n'a jamais existé.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

On se trompe dans notre utilisation du mot individualisme. Cela ne revient pas à dire les intérêts égoïstes.

 

Le mot individualisme est assez malsonnant de nos jours, et il a fini par évoquer l'égoïsme.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Les forces sociales spontanées sont synonymes du marché libre. La coercition est surtout celle qui vient de l'Etat, qui pour Max Weber (non cité par Hayek) le monopole de la violence physique légitime, et qui pour Hayek n'est sans doute pas légitime.

 

Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à la coercition.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Pour autant, Hayek n'est pas absolutiste dans le laissez-faire. Il faut du discernement.

 

Rien n'a sans doute tant nui à la cause libérale que l'insistance butée de certains libéraux sur certains principes massifs, comme avant tout la règle du laissez-faire

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Par "outillage existant", Hayek entend le système politique en place. Ainsi, le socialisme a voulu tout remplacer.

 

Il ne s'agissait plus d'augmenter ou d'améliorer l'ouillage existant, mais de les mettre tout entier au rebut et de le remplacer.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Hayek de rappeler la nature passée du socialisme, qui était pour lui proprement "autoritaire".

 

On se souvient rarement aujourd'hui que le socialisme à ses débuts était franchement autoritaire.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

La plus grande et nuisible confusion de nos jours et du XXe siècle est celle d'avoir pris le mot liberté pour synonyme de pouvoir ou de richesse. Ainsi aurait été libre celui qui était riche ou puissant. Mais ce n'est pas ça la liberté.

 

Avant que l'homme dût être vraiment libre, il fallait briser "le despotisme du besoin physique" et relâcher "les contraintes du système économique".

Dans ce sens, le mot liberté n'est évidemment qu'un autre nom donné au pouvoir ou à la richesse.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

Des observateurs, mais aussi Hayek. Le fascisme et le communisme ont de nombreux traits communs.

 

[Des observateurs] ont été frappés de l'extraordinaire ressemblance qui existe à beaucoup d'égards entre la vie en régime "fasciste" et "communiste".

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

Plus que des traits communs, le fascisme et le communisme auraient les mêmes racines.

 

de plus en plus de gens se demandaient si ces nouvelles tyrannies n'étaient pas l'aboutissement des mêmes tendances.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

Le "meilleur moyen" ne veut pas dire le moyen parfait. Mais la concurrence a une place tout à fait chérie pour les libéraux (terme qui pour Hayek a été galvaudé, et qu'on pourrait mieux traduire par libertarien, même si cela sonne trop négatif au goût de Hayek)

 

Le libéralisme est fondé sur la conviction que la concurrence est le meilleur moyen de guider les efforts individuels.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 3

 

On revient sur cette notion que "le meilleur moyen" n'est pas le moyen parfait. Il faut faire intervenir l'autorité, c'est-à-dire l'Etat, si besoin est. Hayek ne rejette pas complètement l'Etat, au contraire il a son rôle à jouer.

 

Il faut, certes, faire intervenir l'autorité chaque fois qu'il est impossible de faire fonctionner la concurrence

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 3

 

Le planisme est un danger aux yeux de Hayek. Le planisme, c'est la "Doctrine qui préconise la régulation de l'économie par la planification." (Dictionnaire de l'Académie française 9e édition). Mais il n'était pas nécessaire, il a été mis en place sans que l'on soit obligé d'y recourir.

 

Il est donc hors de doute que le mouvement vers le planisme est le résultat d'une action délibérée, et qu'aucune nécessité externe ne nous y contraint.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 4

 

Hayek donne sa définition du système collectiviste, dont fait partie le socialisme :

 

Le trait commun de tous les systèmes collectivistes peut être défini (...) comme l'organisation des travaux de la société en vue d'un but social déterminé.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

C'est une évolution de notre société qui veut que notre code moral, c'est-à-dire nos maximes, se sont réduites et ont un attteint un plus haut niveau d'abstraction.

 

Les règles qui composent notre code moral sont peu à peu devenues moins nombreuses et plus générales.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

Cette fois-ci, Hayek donne la définition de l'individualisme, qui n'est pas l'intérêt égoïste de chacun. Il oppose individualisme et système collectiviste.

 

Reconnaître l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes, telle est l'essence de l'individualisme.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

Une nouvelle définition, celle de capitalisme. Doublé par une assertion majeure, à savoir que le capitalisme est inhérent à la démocratie : seul ce système autorise la démocratie à se déployer.

 

Si le mot "capitalisme" signifie un système de concurrence fondé sur la libre disposition de la propriété privée, il faut se rendre compte que seul un tel système permet la démocratie.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

La planification est un mal encore vigoureusement rejeté par Hayek. Quand l'obligation vient du haut de la pyramide (l'Etat), il n'est pas possible à la base de la pyramide (le peuple, ou plutôt chacun des individus qui composent un peuple) de lancer ses propres projets, c'est-à-dire d'utiliser de sa liberté. On peut le résumer en cette équation : + de planification = - de liberté pour l'individu.

 

plus l'État "planifie", plus il devient difficile pour l'individu de faire des projets

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 6

 

Pour Hayek, c'est l'égalité devant la loi qu'il faut bien sûr privilégier. L'égalité matérielle réduit la liberté de l'individu. Or, le problème du socialisme pour Hayek, c'est qu'il cherche davantage à assurer l'égalité matérielle (concrètement, que tout le monde soit le plus proche du même niveau de richesse) plutôt qu'à assurer l'égalité devant la loi, qui est la seule à permettre la liberté individuelle.

 

l'égalité formelle devant la loi est en contradiction, voire incompatible, avec tout effort gouvernemental tendant à réaliser l'égalité matérielle ou concrète entre les hommes

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 6

 

Tout simplement, Hayek défend l'argent et la monnaie. C'est un outil qui a permis à l'homme de se libérer de nombreuses contraintes, et surtout qui lui a donné le choix. Le choix de dépenser ce qu'il veut dans ce qu'il veut, plutôt que d'être assujetti au problème du troc ou autre difficulté d'échange.

 

Il serait beaucoup plus juste de dire que l'argent est un des plus magnifiques instruments de liberté que l'homme ait jamais inventé.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 7

 

Hayek ne néglige pas la place de la chance dans le succès économique, surtout dans le système capitaliste où a lieu la concurrence.

 

dans la concurrence, la chance joue autant que l'intelligence et la prévoyance

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 8

 

Le riche est puissant ne revient pas à dire que seul le puissant peut devenir riche. Dans cette alternative, Hayek préfère la première option.

 

Le monde dans lequel le riche est puissant n'est-il pas meilleur que celui dans lequel seul le puissant peut acquérir la richesse ?

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 8

 

Là encore, Hayek n'est pas 100% à rejeter le rôle de l'Etat. Il n'est pas, en un mot, anarchiste. Une catastrophe contre laquelle un individu est impuissant, cela peut être par exemple un séisme. L'Etat a alors un rôle à jouer pour adoucir les dommages conséquents.

 

Chaque fois que la communauté peut agir pour atténuer les conséquences des catastrophes contre lesquelles l'individu est impuissant, elle doit le faire.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Hayek parle d'un comportement contre-productif. Celui de vouloir garantir la sécurité économique et financière d'un agent, ce peut être une personne ou une organisation. Cela trouble le marché, et en déséquilibrant le marché, commet des dysfonctionnements encore plus importants que ce que l'on avait voulu protéger à l'origine.

 

plus on tente d'assurer une sécurité complète en intervenant dans le système du marché, plus l'insécurité augmente

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Pour autant, la sécurité est un atout essentiel pour garantir la liberté de chacun.

 

Un certain degré de sécurité est indispensable à la sauvegarde de la liberté

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Certes, la liberté est un idéal et apporterait de nombreux bénéfices. Mais la liberté a un prix, en ce sens qu'il en coûte à quelqu'un de posséder cette liberté, et même à la société en général. Il faut faire des sacrifices pour obtenir la liberté, mais pour Hayek, cela vaut le coup.

 

admettons que la liberté ne s'obtient qu'à un certain prix

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Hayek veut revenir sur une croyance populaire, qu'il faut tout de suite détruire. Cette croyance, c'est de penser que les systèmes totalitaires, qui sont l'objet de son livre, et qu'il présente comme une conséquence du socialisme, sont accidentels. Cela reviendrait à dire que rien n'aurait pu le déjouer, que ce n'est pas la faute du système, des institutions. Ce que Hayek rejette. Les institutions et le système gouvernemental, mis en place par les hommes eux-mêmes, ont bien conduit aux systèmes totalitaires. Ce n'est pas que fortuit.

 

Cette croyance consiste à admettre que l'aspect le plus répugnant du système totalitaire est dû à quelque accident historique

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 10

 

Diminuer la force absolue, c'est bien diminuer le pouvoir qu'un homme a sur un autre homme. En effet, d'après les théories du contrat social, tout le pouvoir est mis volontairement entre les mains de l'Etat. Mais plus on centralise ce pouvoir, plus l'Etat, au sommet de la pyramide, peut agir sur ses sujets. Au contraire, la décentralisation, c'est-à-dire répartir à des échelons inférieurs et variés le pouvoir, permet de diluer ce pouvoir absolu qui était entre les mains de l'Etat, et ainsi de donner plus de liberté aux individus. Or la concurrence, à l'œuvre dans le capitalisme, est vecteur de décentralisation. C'est donc grâce au capitalisme, à la concurrence, que le pouvoir se décentralise, et que l'homme devient plus libre individuellement.

 

Partager ou décentraliser le pouvoir c'est en diminuer la force absolue : seul le système de concurrence est capable de réduire, par le moyen de la décentralisation, le pouvoir exercé par l'homme sur l'homme.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 10

 

Encore un trait commun du national-socialisme avec le communisme. Ceux-ci veulent développer chaque champ de recherche dans un intérêt précis pour la société. Ils dédaignent la science pure, ainsi que l'art pour l'art, c'est-à-dire la recherche pour avancer et progresser, sans chercher nécessairement un intérêt immédiat et utile dans le cadre d'un planisme.

 

La science pure ou l'art pour l'art trouvent aussi peu de grâce aux yeux des nazis que des intellectuels socialistes ou des communistes.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 11

 

Dans les domaines économiques où il doit y avoir un monopole (c'est-à-dire une seule organisation qui contrôle tout ce champ économique), s'offre un choix : soit l'Etat contrôle l'organisation privée qui a le monopole, soit l'Etat acquiert et devient l'organisation monopolistique. Hayek préfère de loin le premier choix, qui est aussi celui des Etats-Unis à cette époque.

 

Si le monopole est réellement inévitable, il est probable que le plan, préconisé par les Américains, d'un contrôle sévère de l'Etat sur les monopoles privés, appliqué rigoureusement, est meilleur qu'une mainmise de l'Etat.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 13

 

Là encore, il s'agit d'un choix qui est laissé aux hommes : SOIT le marché est libre SOIT le marché est contrôle par quelques personnes ou organisations. Sauf que le marché n'appartient à personne, tout le monde y contribue, tout le monde est plus libre. Dans le second cas, les individus sont assujettis au pouvoir de quelques uns. Pour Hayek, ardent défenseur de la liberté telle qu'il l'entend, le choix est bien sûr immédiatement fait : mieux vaut la première possibilité. Hayek ajoute que puisqu'il n'y a que ces deux alternatives, celui qui tendrait à réaliser la seconde ferait progressivement disparaître la première, qui est la seule qui trouve grâce à ses yeux.

 

Il n'y a que deux possibilités, soit un système dirigé par la discipline impersonnelle du marché, soit un autre dirigé par la volonté de quelques individus ; et ceux qui s'acharnent à détruire le premier contribuent, sciemment ou inconsciemment, à créer le second.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 13

 

A supposer qu'il y a vraiment eu un stade d'homme économique, ce que Hayek dément, ce serait la fin de l'homme économique. Mais pour Hayek, l'économie est indispensable à la liberté de chacun.

 

La "fin de l'homme économique" semble devoir devenir un des mythes dominants de notre époque

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Certes, l'homme est soumis aux forces du marché. Mais ces forces sont impersonnelles. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas incarnées, ce n'est pas une personne qui contrôle les autres. Ce sont des mécanismes que seul un homme omniscient, que seul un Dieu pourrait comprendre largement. Il vaut mieux cela qu'autre chose, à savoir que quelques individus contrôlent le comportement des autres, après quoi il n'y aurait plus de liberté. Hayek fait l'éloge de ces forces impersonnelles, qui ont permis à la civilisation d'être celle qu'elle est aujourd'hui, et d'avoir si bien progressé. Car pour Hayek il y a bien un progrès, c'est pourquoi il n'est pas conservateur : au contraire, les forces du marché sont mobiles et se déplacent, s'adaptent aux hommes, changent.

 

C'est la soumission de l'homme aux forces impersonnelles du marché qui, dans le passé, a rendu possible le développement d'une civilisation qui sans cela n'aurait pu se développer

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Point très intéressant, Hayek admet des exceptions. La guerre par exemple peut justifier qu'on impose un but unique. Il faut rappeler que cet ouvrage est paru en 1944.

 

la liberté individuelle est incompatible avec la suprématie d'un but unique auquel toute la société est surbordonnée en permanence. La seule exception à cette règle est constituée par la guerre ou par d'autres désastres temporaires

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Hayek fait la liste des vertus essentielles à l'individualisme, celles qui le caractérisent. Ces vertus sont pour Hayek celles qui ont le moins la côte dans la société de l'époque - et toujours aujourd'hui.

 

Il est vrai que les vertus les moins appréciées et les moins pratiques actuellement, - l'indépendance, la confiance en soi, le goût du risque, l'aptitude à défendre ses opinions contre la majorité, la disposition à aider son prochain - sont celles sur lesquelles repose essentiellement la société individualiste.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Dans le projet idéaliste de Hayek, on trouve un cadre international à l'économie et aux hommes. Ce cadre n'est autre qu'un Etat, fédéraliste. Mais un Etat minimal qui doit garantir les libertés individuelles, telles qu'il les a décrites tout au long de l'ouvrage.

 

Une autorité internationale peut contribuer énormément à la prospérité économique si elle se contente de maintenir l'ordre et de créer des conditions dans lesquelles les peuples puissent se développer eux-mêmes.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 15

 

Contre l'autorité politique, qu'il appelle de ses vœux, Hayek voit en une autorité économique un cadre contre-productif, néfaste pour le monde. Cette autorité économique ne servirait pas les libertés individuelles.

 

une autorité économique internationale, ne détenant aucun pouvoir politique et même strictement limitée à un domaine déterminé, peut facilement exercer le pouvoir le plus tyrannique et le plus irresponsable.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 15

 

Dans cette dernière citation, Hayek insiste encore sur les bienfaits d'une fédération, seul système qui trouve grâce à ses yeux à l'échelle internationale. Dans sa logique de décentralisation, grâce à la concurrence et pour plus de libertés individuelles, la fédération est le seul système qui puisse servir les humains.

 

La fédération est l'application de la méthode démocratique aux affaires internationales, la seule méthode de transformation pacifique que l'homme ait inventée.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 15

 

 

Résumé de La crise de l'État-providence - Pierre Rosanvallon

En 1981, Pierre Rosanvallon publie La crise de l'Etat-providence.

Car pour cet auteur historien et sociologue, "L'Etat-providence est malade de la crise. Combien de temps les choses pourront t-elles continuer d'aller ainsi ?".

 

Procurez-vous son ouvrage en suivant ce lien.

 

Pour Pierre Rosanvallon, le mot État-providence a pris un nouveau que celui donné par Emile Ollivier et est devenu moins péjoratif.

Il commence par établir que L'Etat-providence (dont vous trouverez une présentation en cliquant ici), en plus de la production de la sécurité et la réduction de l'incertitude, s'est attribué trois rôles :

  1. la redistribution des revenus
  2. la réglementation des relations sociales
  3. la prise en charge de services collectifs

 

Or, questionne Rosanvallon, "L'accroissement des impôts et des charges sociales ne risque t-il pas de mettre en péril la compétitivité des entreprises et de saper le dynamisme de l'économie ?"

 

>> 3 facteurs expliquent la crise de l'Etat-providence

 

Ce n'est pas seulement une crise économique.  Il n'y a pas « de véritable crise du financement de l'État-Providence ». C'est plutôt sur le plan social et culturel qu'il y a une crise : nous avons besoin « d'un nouveau contrat social entre les individus, les groupes et les classes. Le principal blocage de l'État-Providence est en effet d'ordre culturel et sociologique »

 

1. Perte de légitimité : si l'Etat doit satisfaire tous les besoins sociaux de chacun, alors cela n'en finit jamais : il y aura toujours plus à satisfaire.

De plus, "l'égalité" qu'il veut mettre en place est affaiblie par une multitude de raisons : la priorité de la sécurité sur l'égalité, le fait qu'il ne s'agisse pas d'un bouleversement social, mais d'une procédure progressive, le fait que ce ne sont plus une minorité mais la majorité des contribuables qui cotisent pour les autres, les clivages de plus en plus importants entre catégories sociales.

 

2. Le manque de visibilité et de transparence des actions de solidarité : la solidarité "ne peut s'exercer que si la morale sociale qu'elle traduit repose sur un minimum de visibilité des rapports sociaux".

 

3. L'échec de Keynes : depuis les années 70, les politiques keynésiennes ne parviennent pas à sortir de la crise.

 

>> Libéralisme : retour du libéralisme et critique du libéralisme

 

Dans les années 80, le libéralisme est de retour. Pour ces nouveaux libéraux, le marché est certes imparfait, mais il demeure meilleur que l'Etat.

A l'origine, le libéralisme ne légitimait qu'un seul type d'égalité : l'égalité de droits. Les inégalités économiques peuvent être justes, chacun doit être libre de travailler plus ou moins en fonction de ses désirs et ses besoins.

Mais pour Rosanvallon, ce libéralisme primaire est confus : il ne cerne pas bien les contours de l'Etat et ne sait répondre à la question : de quoi doit s'occuper l'Etat ?

De plus, il y a une "négation du social" dans le renouveau libéral qui est alors en cours. Celui-ci est "radicalement a-sociologique", puisque personne ne communique avec personne, l'individu étant seul et maître.

Enfin, il s'agit de  « déborder le cadre de l’État-Providence ».

 

 

>> Rejeter les deux scénari extrêmes...

 

Les deux voies présentées sont souvent celle de gauche et celle de droite : d'un côté le scénario social-étatiste, de l'autre le scénario libéral.

Les deux sont à rejeter.

Le scénario social-étatiste parce qu'il "se heurterait à de graves difficultés financières dans la situation actuelle, mais surtout il serait confronté à une résistance sociologique diffuse difficilement surmontable.". Voir les défauts de l'Etat-providence ici.

Le scnéario libéral parce qu'il serait "un retour en arrière, une réduction de la distribution. C'est un scénario de régression sociale" et risquerait de provoquer des mouvements sociaux trop forts.

 

>> ... Pour trouver une troisième voie

 

La troisième voie se trouve dans la "société solidaire". Il est nécessaire de "transférer à des collectivités non publiques (associations, fondations, groupements divers) des tâches de service public : c'est la voie de l'autonomisation".

A ces fins, les droits doivent être reconnus des "groupes de voisinage, réseaux d'entraide, structures de prise en charge d'un service collectif, etc.", ils doivent être considérés comme de véritables sujets de droit.

La réduction du temps de travail participe à donner suffisamment de temps libre pour que l'entraide puisse éclore dans tous ces réseaux.

"Débureaucratiser et rationaliser la gestion des grands équipements et fonctions collectives" est une priorité.

Rosanvallon souhaite décentraliser au maximum ces services.

Plus généralement, il y a une dynamique trinaire à mettre en place d'urgence :  « de la socialisation, de la décentralisation et de l'autonomisation ». Cette dynamique a lieu également dans un « triple mouvement de réduction de la demande d'État, de réencastrement de la solidarité dans la société et de production d'une plus grande visibilité sociale ».

 

Enfin, Rosanvallon plaide en faveur d’une « post social-démocratie » qui se base sur le « compromis social », pour sortir de la crise de l’État-providence.

 

Voir aussi :

-> Résumé Paul Krugman - Sortez-nous de cette crise maintenant !

-> Résumé de La Richesse des nations - Adam Smith