Préférer la révolte à l'humiliation - Raymond Aron

Dans Paix et Guerre entre les nations, publié en 1962, Raymond Aron écrit :

La difficulté de la paix tient plus à l'humanité qu'à l'animalité de l'homme. La souris qui a reçu une raclée se soumet au plus fort et la hiérarchie de domination est stable. Le loup qui tend la gorge est épargné par son vainqueur. L'homme est l'être capable de préférer la révolte à l'humiliation et sa vérité à la vie.

 

C'est donc bien davantage du fait que l'homme est homme, plutôt qu'un animal comme un autre, que la guerre, ou révolte, ou Révolution, ont lieu.

Ici l'humanité tient au fait de préférer la révolte à l'humiliation. C'est donc une forme d'amour propre de l'homme qui le conduit à tenir tête plutôt qu'à se soumettre à l'humiliation. Sa vérité est plus importante que la vie.

 

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La révolution française comparable aux révolutions religieuses - Tocqueville

 

Alexis de Tocqueville, dont on peut dire qu'il fut un des précurseurs de la sociologie, mais aussi un grand théoricien en général, a rédigé un ouvrage sur la Révolution française.

Intitulée l'Ancien régime et la Révolution, l'œuvre date de 1856.

 

Alexis de Tocqueville dans le Livre premier Chapitre trois, décrit les caractéristiques d'une révolution, et celles de la révolution française en particulier, pour voir notamment ce qui les différencie.

 

Toutes les révolutions civiles et politiques ont eu une patrie et s'y sont renfermées. La révolution française n'a pas eu de territoire propre ; bien plus, son effet a été d'effacer en quelque sorte de la carte toutes les anciennes frontières. On l'a vue rapprocher ou diviser les hommes en dépit des lois, des traditions, des caractères, de la langue, rendant parfois ennemis des compatriotes, et frères des étrangers; ou plutôt elle a formé, au-dessus de toutes les nationalités particulières, une patrie intellectuelle commune dont les hommes de toutes les nations ont pu devenir citoyens.
 
Fouillez toutes les annales de l'histoire, vous ne trouverez pas une seule révolution politique qui ait eu ce même caractère : vous ne le retrouverez que dans certaines révolutions religieuses. Aussi c'est à des révolutions religieuses qu'il faut comparer la révolution française, si l'on veut se faire comprendre à l'aide de l'analogie.

 

Il faut prolonger sa lecture du chapitre pour comprendre mieux ce qu'Alexis de Tocqueville entend par révolutions religieuses.

 

La révolution française est donc une révolution politique qui a opéré à la manière et qui a pris en quelque chose l'aspect d'une révolution religieuse. Voyez par quels traits particuliers et caractéristiques elle achève de ressembler à ces dernières : non seulement elle se répand au loin comme elles, mais, comme elles, elle y pénètre par la prédication et la propagande. Une révolution politique qui inspire le prosélytisme

 

Les révolutions religieuses ont cela de spécial qu'elles s'interrogent sur les rapports des hommes avec Dieu. Elles s'adressent à chacun parce qu'elles renvoient à la nature de l'homme. Le citoyen devient une personne traitée "en dehors de toutes les sociétés particulières". 

Cette caractéristique explique son grand potentiel : elle parle à tout le monde.