L'art nous présente des choses jusqu'alors invisibles - Bergson

Dan La Pensée et le Mouvant, le philosophe Henri Bergson nous livre sans vraiment insister dessus sa vision de l'art.

Celle-ci est en rapport avec le concept de présentation ou de représentation.

Ainsi Bergson écrit :

À quoi vise l'art, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, sinon à nous présenter des choses qui ne frappaient pas expplicitement nos sens et notre conscience ?

 

Bergson prend alors l'exemple du poète et du romancier :

Au fur et à mesure qu'ils  nous parlent, des nuances d'émotion et de pensée nous apparaissent qui pouvaient être représentées en nous depuis longtemps, mais qui demeuraient invisibles

 

Mais Bergson accorde un statut privilégié au peintre :

nulle part la fonction de l'artiste ne se montre aussi clairement que dans celui des arts qui fait la plus large place à l'imitation, je veux dire la peinture.

 

 

Sujet corrigé - L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ?

Ce sujet est notamment tombé à l'épreuve de philosophie du bac 2015. Voir tous les sujets du bac 2015.

 

La formulation du sujet "L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ?" se rapproche fortement de celle du sujet suivant : "Une œuvre d'art a-t-elle toujours un sens ?" dont nous vous recommandons par conséquent la correction.

Vous pouvez reprendre la même logique de plan, les mêmes accroches.

 

Voici quelques éléments supplémentaires pour alimenter votre développement :


Vous pouviez ajouter à cette correction l'idée que l'artiste donne quelque chose à comprendre, mais que cette chose est trompeuse. C'est la critique de Platon : "L'imitation est donc loin du vrai" tranche-t-il dans La République, englobant sous le concept d'imitation la production artistique en général.

Pour Schopenhauer, l'artiste donne bien plus que la nature ne peut exprimer, en ce sens l'artiste donne quelque chose à comprendre de plus : "Nous savons tous reconnaître la beauté humaine, lorsque nous la voyons ; mais le véritable artiste la sait reconnaître avec une telle clarté, qu'il la montre telle qu'il ne l'a jamais vue ; sa création dépasse la nature" écrit Schopenhauer dans Le Monde comme volonté et comme représentation.

Hegel, dans le même sens, fait voir l'immensité du possible qui se dégage de l'esprit de l'artiste : "l'homme, en ce qu'il crée artistiquement, est tout un monde de contenu"

Pour Rodin, l'artiste voit "les vérités intérieures sous les apparences".

 

 

-> Sujets en philosophie du bac 2015

 

L'artiste est-il maître de son oeuvre ?

Le BAC 2014 débute comme les autres années par la philosophie. L'équipe Intégrer Sciences Po vous propose un corrigé des sujets de philosophie tombés au BAC 2014 en série S.

Sujet 1 : L'artiste est-il maître de son œuvre ?

>> Définition des termes du sujet : L'artiste est-il maître de son œuvre ?

Dans l'introduction, après l'accroche et la mise en perspective d'un paradoxe, il est bon de rappeler une définition générale des termes. Cependant cette définition devra être affinée au fur et à mesure du devoir, suivant l'évolution des parties.

Artiste : 1. Personne qui crée des œuvres dotées de qualités esthétiques répondant à sa conception de l'art. 2. Artisan ou praticien faisant preuve dans son travail d'un grand talent. (Dictionnaire de l'Académie française)

Maître : Généralement, 1. Personne qui en dirige d'autres selon sa volonté, qui tient des hommes, des lieux sous son autorité (Dictionnaire de l'Académie française)

Œuvre : Généralement, 1. Ce qui est réalisé, créé, accompli par le travail, l'activité, et qui, généralement, demeure, subsiste (Dictionnaire de l'Académie française)

>> Problématique : L'artiste est-il maître de son œuvre ?

La problématique doit porter sur la question sous-jacente du sujet. En tant qu'étudiant, il faut se demander : pourquoi l'examinateur a-t-il posé ce sujet ?

En l'occurrence, il semble exister, des termes mêmes du sujet, une opposition entre l'artiste et son œuvre : l'artiste et son œuvre sont distincts, et ne paraissent pas s'appartenir.

L'artiste est celui qui crée l'œuvre ; or, dans ce sujet "L'ariste est-il maître de son œuvre ?", l'œuvre est posée comme indépendante de l'artiste, comme si elle n'appartenait plus à l'artiste.

Au contraire, l'œuvre serait-elle maître de l'artiste ? L'œuvre "tien[drait] des hommes sous son autorité", en l'occurrence son auteur même.

>> Plan : L'artiste est-il maître de son œuvre ?

I. L'artiste demeure le créateur de son œuvre (C'est l'artiste qui façonne, qui donne vie à l'œuvre)

II. L'œuvre s'impose pourtant à l'artiste (L'œuvre façonne également l'artiste, par la marque qu'elle lui imprime)

III. L'œuvre d'art est la patrie non mortelle d'êtres mortels.

>> Développement : L'artiste est-il maître de son œuvre ?

I. L'artiste demeure le créateur de son œuvre

Aristote traite implicitement de l'œuvre dans La Poétique, en opposant poésie (philosophique, du général) et chronique (moins noble, du particulier) : "il ressort clairement que le rôle du poète est de dire non pas ce qui a eu lieu réellement mais ce qui pourrait avoir lieu dans l'ordre du vraisemblable ou du nécessaire."

C'est Kant qui en 1790 dans Critique de la faculté de juger théorise l'œuvre d'art comme produit de la nature. "L'art se distingue de la nature comme le faire (facere) se distingue de l'agir ou de l'effectuer en général (agere), et le produit ou la conséquence de l'art se distingue en tant qu'œuvre (opus) du produit de la nature en tant qu'effet (effectus)."

Sont opposés œuvre (opus) / effet (effectus) qui renvoient respectivement au produit de l'art, et au produit de la nature.

Pour Kant, "la nature donne à l'art ses règles", c'est dire que les effets (effectus), produits de la nature, sont supérieurs aux œuvres (opus), dans une certaine mesure.

II. L'œuvre s'impose pourtant à l'artiste

Ce rôle de l'œuvre dans la création de l'artist est mis en évidence par Alain dans Système des beaux-arts. L'être humain ne crée qu'à partir de son œuvre : c'est son œuvre qui lui dit comment elle doit être faite. Pour comprendre simplement cette idée d'Alain, représentez-vous en train de dessiner. Vous dessinez quelques formes, un cercle, un carré. Puis, en contemplant votre œuvre, ou plutôt les prémices de votre œuvre, vous sentez qu'un coup de crayon ici ou là irait bien au dessin. Vous vous arrêtez une nouvelle fois, et instinctivement, au vu de votre œuvre, vous poursuivez dans telle direction plutôt qu'une autre.

C'est en faisant son œuvre que l'artiste crée son œuvre, qu'il façonne différemment son œuvre. Alain dit à ce propos : "la loi suprême de l'invention humaine est que l'on n'invente qu'en travaillant."

C'est d'ailleurs en cela que l'artiste est artiste plutôt qu'artisan : parce que "l'idée lui vient à mesure qu'il fait", il est "spectateur de son œuvre en train de naître."

III. L'œuvre d'art est la patrie non mortelle d'êtres mortels.

Hannah Arendt dans Condition de l'homme moderne offre une autre vue : "Dans le cas des œuvres d'art, la réification est plus qu'une transformation ; c'est une transfiguration"

"Les œuvres d'art sont des objets de pensée, mais elles n'en sont pas moins des objets."

L'œuvre d'art se pose donc à l'encontre d'un usage ordinaire de l'objet, et des besoins de l'homme. Il ne s'agit pas de "se servir" d'une œuvre d'art.

L'art est permanent : cette immortalité n'est pas l'immortalité de l'homme, mais de la création des mains de l'homme. En cela, Hannah Arendt que l'œuvre d'art est une "chose immortelle accomplie par des mains mortelles".

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