Le "Je" : analyse philosophique

Emmanuel Kant dans Anthropologie du point de vue pragmatique, en 1789, fait de la personne humaine quelqu'un de supérieur aux autres êtres vivants, parce qu'il peut penser le "Je".

 

Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur terre. Par-là, il est une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est-à-dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise ; et ceci même lorsqu’il ne peut pas dire Je, car il l’a dans sa pensée ; ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas par un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement.

 

Il n'est pas nécessaire d'utiliser le mot "Je" pour être élevé ainsi "infiniment", et d'ailleurs dans beaucoup de langues le mot "Je" n'est souvent que sous-entendu. Mais chez tous les êtres humains, il y a cette pensée du "Je". 

Kant postule de plus l'unité de la conscience. La conscience demeure toujours la même, malgré les différents états que traversent l'être humain.

Il faut remonter à Descartes, pour comprendre l'importance du "Je" dans la philosophie occidentale. Le "Je" du Cogito est à la fois un "je" générique, désignant tout être humain comme ici Kant. Mais plus spécialement, il est difficile de ne pas voir dans le Cogito un "Je" individuel, c'est-à-dire propre à celui qui le pense. Ses deux ouvrages, où il fait la découverte du Cogito, le Discours de la méthode et les Méditations métaphysiques sont en ce sens écrits à la 1ère personne du singuler, il s'agit de sa propre expérience.

 

Enfin, les critiques seront nombreuses sur ce "Je". C'est d'une part oublier le cadre social dans lequel naît le "Je", et sans quoi il ne serait peut-être rien. C'est oublier l'animalité de l'être humain, défendue par Nietzsche. C'est encore éclipser toute la zone de l'inconscient, comme il sera analysé par Freud ou Lacan.

Rimbaud écrira avec poésie : "Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon ; il n'y a rien de sa faute."

 

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La conscience de l'individu n'est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ?

Ce sujet est notamment tombé à l'épreuve de philosophie du bac 2015. Voir tous les sujets du bac 2015.

 

>> Introduction

 

Accroche

Difficile avec un tel sujet d'engager sur un évènement historique. Il était plus facile de commencer votre réflexion, d'accrocher votre lecteur - en l'occurrence le correcteur - soit par une citation, soit par une œuvre littéraire qui exposerait l'opposition entre individu et société comme nous allons le voir dans les définitions.

 

Définitions

conscience : très difficile à définir, il faudra revenir sur cette notion pendant tout votre développement. Malebranche définit la conscience comme le sentiment intérieur qu'on a d'une chose dont on ne peut former d'idée claire et distincte, et Rousseau comme le sentiment que l'être humain a de ses états et de ses actes

individu : Tout être concret, donné dans l'expérience, possédant une unité de caractères et formant un tout reconnaissable.

reflet : le reflet est une image renvoyée, une représentation. Elle peut aussi s'entendre comme une représentation affaiblie, un degré sur lequel vous pouviez jouer dans le plan.

société : État de vie collective; mode d'existence caractérisé par la vie en groupe

Il ne faut pas arrêter les définitions que nous venons de donner, elles peuvent évoluer. Cependant il est intéressant de ntoer l'opposition qu'il y a entre individu et société, deux termes présents dans le sujet, et qui déjà annoncés dans l'accroche conduisent également vers la problématique.

 

Problématique

Le problème soulevé par le sujet est le suivant : l'individu a-t-il une conscience qui lui est propre, irréductible, ou sa conscience est-elle façonnée par la société, le milieu dans lequel il vit ? En d'autres termes, la conscience de l'individu est-elle poreuse, laissant un passage entre l'environnement et l'individu ? Comment l'individu intègre-t-il son environnement en conscience, façonnant à son tour cet environnement ?

 

Plan

La petite formule "n'est-elle" est caractérisque des sujets qui appellent une réponse dialectique, plan en trois parties. Il y a bien sûr différentes approches, et nous vous proposons un plan classique mais efficace dans le développement ci-dessous.

 

>> Développement

 

I. La société influe sur la conscience des individus

"Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience." expliquait Marx

La conscience se détermine par rapport à l'individu, comme le rappelle Freud de manière radicale : "Notre conscience, loin d’être le juge implacable dont parlent les moralistes, est, par ses origines, de «l’angoisse sociale» et rien de plus"

 

II. Mais le noyau de conscience de l'individu demeure irréductible

Descartes pour formuler sa célèbre formule Cogito ergo sum met d'abord le montre entre parenthèses. En faisait cela, il efface la société, il l'exclut. La conscience de l'individu se passe fondamentalement de la société. Voir plus d'explications sur le Discours de la méthode.

La conscience aspire à une paix, loin du tumulte de la société. Elle permet de comprendre ce qu'est le bien et le mal, elle est une "voix céleste". En cela, elle s'éloigne des influences de la société : "La conscience est timide, elle aime la retraite et la paix ; le monde et le bruit l'épouvantent", comme l'écrivait Rousseau dans La Profession de foi du vicaire savoyard, un extrait du livre IV de Émile.

 

III. La conscience de l'individu se construit par rapport à elle-même et par rapport aux rapports à la société qu'elle perçoit

Nietzsche s'oppose à la conception d'une permanence de la conscience. La conscience n'est pas un refuge dans lequel personne ni même la société ne pourrait rentrer : "On croit que c'est là le noyau de l'homme : ce qu'il a de permanent, d'éternel, d'ultime, de plus originel ! On tient la conscience pour une quantité stable donnée ! On nie sa croissance, ses intermittences ! On la conçoit comme « unité de l'organisme » ! Cette surestimation et cette méconnaissance ridicules de la Conscience ont eu pour heureuse conséquence d'éviter son élaboration trop rapide."

Sartre distingue "en soi" et "pour soi", ce qui permet de comprendre que le sujet conscience peut être différent de ce qu'il est, et que l'homme est un projet grâce à sa conscience.

 

Proposez vos plans et vos idées, il n'y a pas qu'une correction possible, surtout en philosophie. N'hésitez pas à commenter ci-dessous !

 

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