Les promesses de la science - Nietzsche

En 1882 est publié le Gai Savoir de Friedrich Nietzsche.

Dans cet ouvrage Nietzsche nous fait voir le rôle qu'ont joué les "charlatans", tels qu'on pourrait approximativement les appeler, qui ont vécu aux siècles précédents.

Ceux-ci, par leurs promesses ont donné l'appétit aux hommes, l'appétit pour les "puissances cachées et interdites", c'est-à-dire ce qui relève de la magie.

Mais c'est justement cela, ce qui relève de la magie, qui a fondé la recherche scientifique et le développement des sciences en général.

Aussi Nietzsche écrit-il :

Croyez-vous que les sciences auraient pu jamais se développer et grandir, si elles n'avaient eu pour avant-garde les magiciens, les alchimistes, les astrologues et les sorcières dont les promesses et les mirages devaient d'abord susciter la soif, la faim, l'agréable avant-goût des puissances cachées et interdites ?

 

Les sciences permettent de dépasser le naturel, et il a fallu que l'homme ait une intense envie de dépasser ce naturel, pour qu'il parvienne à développer les sciences.

 

La philosophie est-elle compatible avec la science ?

Une des questions récurrentes de la philosophie porte sur sa relation avec la science.

  • La philosophie est-elle est une science ?
  • La science est-elle une philosophie ?
  • Comment science et philosophie peuvent-ils s'harmoniser ? Quel lien les unit ? Sont-ils compatibles ?

 

I. La philosophie supplante la science

 

Durant l'Antiquité, la philosophie est la science suprême « des premiers principes et des premières causes ». Toutes les autres sciences découlent de la philosophie. Philosophie et science naissent au même moment, chez les Grecs.

 

Pour Platon, les sciences amènent à la philosophie, et la philosophie est le socle de ces sciences. Sur le fronton de l'Académie, son école, était inscrit : « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre. »

 

II. La science s'émancipe de la philosophie

 

Au XVIIe siècle, le développement des sciences positives (fondées uniquement sur les faits réels, l'expérience) et la méthode expérimentale, qui définit un protocole strict pour construire la science à partir des expériences, donne une indépendance à la science vis-à-vis de la philosophie.

 

La science ne vise plus le savoir désintéressé, mais a un objectif utilitaire pour l'homme. Elle se rapproche ainsi de la technique, devenant techno-science : il s'agit de rendre l'homme « comme maître et possesseur de la nature », comme l'expliquait Descartes.

La philosophie devient superflue pour les scientistes (les scientistes font de la science un absolu) : engloutie par le progrès scientifique, elle n'a plus d'importance. Elle est considérée comme une « partie de la connaissance humaine qui n'a pas encore réussi à revêtir les caractères et à prendre la valeur de la science ». Auguste Comte, voit ainsi dans la métaphysique une « maladie chronique naturellement inhérente à notre évolution mentale et individuelle ou collective, entre l'enfance et la virilité », où l'enfance est l'esprit théologique et la virilité est l'esprit positif.

 

III. La philosophie et la science en harmonie

 

Selon Heidegger, la philosophie reste indispensable et ne doit pas vouloir s'assimiler à une science. Il écrit dans Lettre sur l'humanisme « La “philosophie” est dans la nécessité constante de justifier son existence devant les “sciences”. Elle pense y arriver plus sûrement en s'élevant elle-même au rang d'une science. Mais cet effort est l'abandon de l'essence de la pensée. La philosophie est poursuivie par la crainte de perdre en considération et en validité, si elle n'est science. On voit là comme un manque qui est assimilé à une non-scientificité ».

De même Nietzsche dans le Gai savoir dissipe l'illusion scientiste : « C'est sur une foi métaphysique que repose notre foi dans la science ; chercheurs de la connaissance, impies, ennemis de la métaphysique, nous empruntons encore nous-mêmes notre feu au brasier qui fut allumé par une croyance millénaire, cette foi chrétienne, qui fut aussi celle de Platon, pour qui le vrai s'identifie à Dieu et toute vérité divine. »

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Le droit de punir - peut-on concevoir une punition juste ?

Sur quoi se fonde le droit de punir ? Pourquoi punir ? La punition est-elle juste ?

Ces trois questions seront abordées ici sous l'angle de la philosophie et de l'histoire des idées, depuis Platon jusqu'à notre époque avec Michel Foucault.

Elles trouveront une réponse en trois mouvements : il faut d'abord établir que le droit de punir est nécessaire ; même si celui-ci se révèle malsain ; enfin trouver qu'il se base néanmoins sur la nature humaine.
 

>> Le droit de punir est nécessaire


Platon (v. 427-348) dans le Gorgias associe punition et justice. Il cherche à montrer comment une punition peut être juste.

Emmanuel Kant (1724-1804) estime que le crime doit être sanctionné. Il faut appliquer la loi, comme la loi du talion.

La punition est objet de dissuasion : les hommes ne viennent pas au méfait par peur de la punition.

La punition est aussi un moyen d'éduquer : un enfant, ou un criminel.

Pas d'état sans punition, car la punition garantit le respect des lois : en effet, l'Etat est souverain du "monopole de la violence légitime" selon l'expression de Max Weber

 

 

>> Le droit de punir se révèle malsain


Marx (1818-1883) montre que la punition n'est que la face visible d'un rapport de force en réalité.

Friedrich Nietzsche (1844-1900) pense que la punition est surtout la concrétisation d'un goût de l'homme pour la cruauté et le sang.

Michel Foucault (1926-1984) voit en la punition un simple moyen pour l'homme de contrôler les esprits et les corps, pour imposer son joug.

 

>> Le droit de punir se fonde sur la nature humaine


Pour Blaise Pascal (1623-1662), il faut à la fois la force et le droit. La punition représente cette force.

Emmanuel Kant (1724-1804) conclut que l'homme ne devient libre que par la contrainte.

Friedrich Hegel (1770-1831) estime que le droit de punir est avant tout un droit pour la dignité du criminel. De plus, la punition est inhérent à la notion même de droit.


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