Pascal - Maintenir le prestige avec humilité

En 1670, Pascal avertit dans ses Trois discours sur la condition des grands :

Le peuple qui vous admire ne connaît peut-être pas ce secret. Il croit que la noblesse est une grandeur réelle et il considère les grands comme étant d'une autre nature que les autres. Ne lui découvrez pas cette erreur, si vous voulez ; mais n'abusez pas de cette élévation avec insolence et surtout ne vous méconnaissez pas vous-mêmes en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que les autres.

 

C'est une attaque en règle, voulue ou non, contre Jean Bodin et toute la théorie qu'il a élaborée à propos de la nature de la souveraineté, qui s'élève au-dessus du peuple et vient de Dieu.

Pascal ici s'adresse aux nobles, ou à ceux qui sont hiérarchiquement plus élevés. En aucun cas cela ne signifie que leur être, l'essence même qui fait d'eux des hommes, est d'une nature également plus élevée que le peuple en général, ou que tout être humain.

Il propose ainsi à ces nobles, ou ces "grands", de continuer à préserver le prestige de leur fonction, mais de ne jamais oublier quelle est la réalité : à savoir qu'ils ne sont pas différents des autres êtres humains dans leur nature. 

Pascal désacralise ainsi la noblesse et plus généralement les hommes de pouvoir. Précisons qu'il semble être un des seuls à le faire, puisqu'il commence en disant "le peuple qui vous admire ne connaît peut-être pas ce secret", le peuple étant alors berné et dupe.

Il ne s'agit pas pour les grands de se faire plus petit aux yeux du peuple, mais de se faire petit à eux-mêmes, de connaître les limites de leur pouvoir.

 

 

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La révolution en Utopie - Thomas More

Dans Utopia, livre I, Thomas More fait voir sa conception idéalisée du gouvernement des hommes.

 

Un certain Raphaël Hythlodée, le navigateur qui a découvert l'île d'Utopie, formule une morale du gouvernement. Le roi, qui constitue ce gouvernement, se doit d'aider son peuple et de le servir.

 

Relevons deux extraits du livre I d'Utopia :

 

Les hommes ont fait des rois pour les hommes, et non pas pour les rois ; ils ont mis des chefs à leur tête pour vivre commodément à l'abri de la violence et de l'insulte.

Cet extrait nous dit bien quel est le rôle du roi : c'est celui de servir les hommes, servir son peuple. Il nous dit deuxièmement que ce sont les gens du peuple qui ont mis à leur tête un roi, le roi a été placé par la communauté des hommes. Troisièmement, que la révolution, dont le caractère est naturellement brusque, ne va pas avec la volonté naturelle d'un citoyen : celui-ci désire se protéger de la violence, et c'est pourquoi il met en place un gouvernement.

 

Un peu plus tard :

Quel est l'homme qui désire plus vivement une révolution ? N'est-ce pas celui dont l'existence actuelle est misérable ? Quel est l'homme qui aura le plus d'audace à bouleverser l'Etat ? N'est-ce pas celui qui ne peut qu'y gagner, parce qu'il n'a rien à perdre ?

C'est donc bien celui qui n'est plus à l'abri de la violence, qui est misérable, qui a tout intérêt à faire une révolution. 

 

Il ne faut pas oublier également le contexte dans lequel a été écrite l'oeuvre : Thomas More désirait limiter le pouvoir royal, car Henri VIII, dont il fut pourtant le protégé un temps, était tyrannique.

 

La Famille, la plus ancienne des sociétés - Rousseau

Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social fait de la famille la plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle. Juste après avoir expliqué le projet de son ouvrage, Du Contrat social, Rousseau prend parti d'expliquer immédiatement ce qu'est la famille. La famille est donc le premier temps dans l'explication que fait Rousseau de tout système politique, et de toute société. Autant dire que la famille revêt une importance particulière dans la réflexion de Rousseau.

Les enfants restent liés au père, tant qu'ils sont dans le besoin. Rousseau compare alors en gardant sa prudence le père avec le chef, les enfants avec le peuple. Toutefois, la relation entre le père et les enfants n'est pas celle de l'Etat, la différence résidant dans l'amour que se portent mutuellement le père et les enfants, tandis que le chef n'éprouve pas le même amour pour son peuple, plutôt attiré par le pouvoir que lui procure simplement le commandement.

 

 

La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille : encore les enfants ne restent-ils liés au père qu’aussi longtemps qu’ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants, exempts de l’obéissance qu’ils devaient au père ; le père, exempt des soins qu’il devait aux enfants, rentrent tous également dans l’indépendance. S’ils continuent de rester unis, ce n’est plus naturellement, c’est volontairement ; et la famille elle-même ne se maintient que par convention.

Cette liberté commune est une conséquence de la nature de l’homme. Sa première loi est de veiller à sa propre conservation, ses premiers soins sont ceux qu’il se doit à lui-même ; et sitôt qu’il est en âge de raison, lui seul étant juge des moyens propres à le conserver, devient par là son propre maître.

La famille est donc, si l’on veut, le premier modèle des sociétés politiques : le chef est l’image du père, le peuple est l’image des enfants ; et tous, étant nés égaux et libres, n’aliènent leur liberté que pour leur utilité. Toute la différence est que, dans la famille, l’amour du père pour ses enfants le paye des soins qu’il leur rend ; et que, dans l’État, le plaisir de commander supplée à cet amour que le chef n’a pas pour ses peuples.

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Livre I, Chapitre II

 

 

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