Corrigés : Que devons-nous à l'Etat ?


Un des trois sujets de bac philo 2013 en ES portait sur la question : Que devons-nous à l'Etat ?

Correction du sujet.

>> Analyse du sujet (Que devons-nous à l'Etat ?)


- Devoir : Impératif de conscience, considéré dans sa généralité, qui impose à l'homme − sans l'y contraindre nécessairement − d'accomplir ce qui est prescrit en vertu d'une obligation de caractère religieux, moral ou légal.
- Etat : Autorité politique souveraine, civile, militaire ou éventuellement religieuse, considérée comme une personne juridique et morale, à laquelle est soumise un groupement humain, vivant sur un territoire donné

Rousseau a lui aussi théorisé le contrat social

Ces deux notions sont bien sûr à définir tout au long du sujet, et doivent être interrogées et remises en cause.
La question "que" interroge donc sur la nature de cette relation.

>> Problématique corrigée (Que devons-nous à l'Etat ?)


Le sujet suppose que nous avons une obligation envers l'état, et nous demande quelle est la nature de cette obligation. Est-ce que l'homme doit quelque chose à l'Etat ?  Est-ce qu'il est lié à l'Etat, et en conséquence il a un devoir envers lui, une dette, ou est-ce que l'individu peut être indépendant ? Est-ce que l'Etat a une dette envers l'individu ?

>> Plan corrigé (Que devons-nous à l'Etat ?)


I. Nous avons une dette envers l'Etat

1. Hobbes montre que la "guerre permanente de tous contre tous" cesse quand chacun remet son pouvoir de violence. Il pose donc une exigence pour que cet état ne soit pas rompu : il faut le consentement à remettre son pouvoir, malgré l' "inclination générale" de tout homme d'acquérir "pouvoir après pouvoir".
2. « Comme tous les groupements politiques qui l’ont précédé, l’État consiste en un rapport de domination de l’homme par l’homme fondé sur le moyen de la violence légitime » dit Max Weber. Nous avons un devoir moral envers l'Etat, mais cette obligation vient non seulement de nous mais est aussi une contrainte exercée par l'Etat sur nous, que l'Etat nous impose.

II. Mais l'Etat a aussi une dette envers nous

1. Les théories du contrat social (Locke, Rousseau) le montrent. Dans Le citoyen et Le Léviathan, Hobbes stipule lui aussi que l'Etat a pour fonction d'assurer l'ordre et la sécurité. Sinon, le contrat serait rompu. L'Etat a donc un devoir envers nous.
2. Les droits inaliénables, le droit naturel. Inscrits dans les Droits de l'Homme et du citoyen, proclamés : Spinoza notamment, mais bien d'autres après lui, édictent ces droits inhérents à la nature humaine, et que l'Etat a le devoir envers nous de respecter.

III. Que l'Etat puisse garantir aux citoyens d'assurer leur devoir envers lui

1. L'Etat est nécessaire et la force doit être transformée en droit. L'Etat a un devoir en retour.  "Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir." Rousseau, Contrat social, livre I, chapitre III.
2. La théorie de la séparation des pouvoirs est une garantie pour que nous puissons faire notre devoir envers l'Etat, et que l'Etat en retour ne puisse abuser de son pouvoir, et tienne ainsi toujours ses objectifs, ses devoirs envers nous : "il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir" stipule Montesquieu dans De l'esprit des lois.

Sujet corrigé : Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?

Sujet corrigé : Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?
Ce sujet était à la fois un sujet du bac philo 2013 mais aussi un sujet possible au concours commun des IEP 2014, dont un des deux thèmes est bien le travail.

Analyse du sujet (Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?) :

Deux notions clés : travail et conscience.
- Le travail : le travail est une notion vaste qu'il faudra préciser tout au long du devoir : retrouvez toutes les définitions du travail qu'il faudra utiliser
- Permet-il : appelle un plan dialectique (I. II. III)
- Prendre conscience de soi :  La conscience en générale est l'organisation du psychisme de l'homme qui, en lui permettant d'avoir connaissance de ses états, de ses actes et de leur valeur morale, lui permet de se sentir exister, d'être présent à lui-même. Cependant la conscience est une notion tout aussi vaste et débatue qu'il faudra préciser dans la dissertation.
Hegel
Hegel théorise la dialectique
du maître et de l'esclave

Problématique du sujet (Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?) :


Il faut trouver le problème qui est posé par le sujet. Pourquoi pose-t-on cette question ?
Le travail, l'homme qui agit sur la nature, a-t-il ainsi conscience d'être soi ? Ou au contraire le travail ne tendrait-il pas à lui faire perdre sa conscience de soi ?

Plan du sujet (Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?) :

I. Le travail permet de prendre conscience de soi

- Hegel est celui qui a le mieux théorisé la prise de conscience par le travail. Le travail pour Hegel est anthropogène : il fait que l'homme est homme. Confronté au réel, l'homme distingue l'en-soi (c'est à dire le réel) du pour-moi (ce qu'il pense être le réel). Et mieux, par l'action, c'est-à-dire le travail, la conscience prend conscience d'elle-même. Se manifeste par le travail le désir de transformation de la nature.
- Le travail permet même de soigner sa conscience : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin.» Voltaire dans Candide. Par le travail, l'homme épargne à sa conscience, l'homme s'épargne des maux, le travail garantit donc de prendre conscience de soi et garder sa conscience intacte.

II. Mais le travail pourrait aussi lui faire perdre sa conscience de soi

- les Anciens, notamment les Grecs, considéraient le travail comme l'asservissement aux nécessités de la vie. Si le travail est seulement une basse nécessité, il n'y a pas de place pour l'épanouissement de la conscience de soi.
- Plus grave, Marx pensait que le travail  pouvait faire perdre la conscience de soi. Le travail aliène l'homme, c'est-à-dire le rend étranger à lui même, et donc lui fait perdre sa conscience : "Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l'homme s'aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. Enfin, le caractère extérieur à l'ouvrier du travail apparaît dans le fait qu'il n'est pas son bien propre, mais celui d'un autre, qu'il ne lui appartient pas, que dans le travail l'ouvrier ne s'appartient pas lui-même, mais appartient à un autre."


III. Le travail permet de prendre conscience de soi, conscience qui doit définir les limites de ce travail pour ne pas se perdre

- la dialectique du maître et de l'esclave montre bien cette ambiguïté : Hegel, La Phénoménologie de l'Esprit : "l'esclave la transforme donc par son travail. Inversement, par cette médiation le rapport immédiat devient pour le maître la pure négation de cette même chose ou la jouissance; ce qui n'est pas exécuté par le désir est exécuté par la jouissance du maître; en finir avec la chose; mais le maître, qui a interposé l'esclave entre la chose et lui, se relie ainsi à la dépendance de la chose, et purement en jouit. Il abandonne l'indépendance de la chose à l'esclave, qui l'élabore." Pour garder sa conscience de soi, il faut que le travail ne rende pas esclave.




Corrigés des sujets du bac philo 2013

Tous les sujets de l'épreuve de philosophie au concours du bac 2013.


Sujets du bac philo 2013 en série L (coef. 7) :

Le langage, sujet bac philo 2013
Le langage n'est-il qu'un outil ?
Sujet bac philo 2013 en L


- Le langage n'est-il qu'un outil ?
- La science se limite-t-elle à constater les faits ?
- Commenter un extrait de Lettre à Elisabeth de René Descartes.


Sujets du bac philo 2013 en série S (coef. 3) :


- Peut-on agir moralement sans s'intéresser à la politique ? (corrigés)
- Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?
- Commenter un extrait de La pensée et le mouvant de Henri Bergson


Sujets du bac philo 2013 en série ES (coef. 4) :


- Que devons-nous à l'Etat ?
- Interprète-t-on à défaut de connaître ?
- Commenter un extrait de De la concorde d'Anselme Commenter